On me demande souvent comment j’en suis venue à l’écriture . J’écris depuis le lycée. À l’époque, je n’avais aucune ambition littéraire. Je n’avais pas de plan, pas de rêve d’édition, pas de stratégie. J’écrivais parce que j’en avais besoin. Parce que certaines émotions ne trouvaient leur place ni dans les conversations ni dans le silence. La poésie a été mon premier refuge. Des mots bruts, instinctifs, parfois désordonnés, mais toujours sincères. Rien ne me prédestinait à devenir auteure. J’avais une autre passion, viscérale, fondatrice : la danse. Je danse depuis que je sais marcher. Mon corps a longtemps été mon principal moyen d’expression. La scène, le mouvement, la discipline, le dépassement. La danse m’a appris la rigueur, l’endurance, la précision. Elle m’a construite. Je m’y projetais pleinement. Mais la vie ne suit pas toujours les trajectoires que l’on imagine. En 2023, une opération du pied m’a contrainte à abandonner ce qui avait été le centre de mon équilibre. Ce n’était pas un simple contretemps, c’était une rupture. Forcée et brutale. La convalescence a été un face-à-face avec moi-même. Plus de répétitions, de chorégraphies ou d’adrénaline. Seulement du temps, du silence et une douleur qu’il fallait apprivoiser. C’est là que l’écriture est revenue avec force. Non pas comme un hobby, mais comme une nécessité. Écrire m’a empêchée de sombrer dans la frustration. Cela m’a permis de transformer la perte en mouvement intérieur. Là où mon corps était limité, mon imagination ne l’était pas. J’ai compris alors que je n’avais jamais vraiment cessé d’écrire. J’avais simplement laissé cette part de moi attendre son moment. La danse m’a appris à habiter l’espace. L’écriture m’a appris à habiter mes pensées. Elle m’a obligée à me confronter à mes contradictions, à mes peurs, à mes convictions. Elle m’a appris la persévérance sous une autre forme : celle qui consiste à revenir chaque jour devant une page blanche sans garantie de résultat. En 2024, j’ai franchi une étape décisive en m’autoéditant sur Amazon KDP. Ce choix n’était pas un compromis, mais une affirmation. Je voulais garder le contrôle de mon univers, apprendre chaque étape du processus, comprendre le marché, me confronter directement aux lecteurs. Ainsi est née ma trilogie Safe Society. Deux premiers tomes ont déjà vu le jour. Le troisième paraîtra en 2026. Safe Society explore les zones de tension entre protection et liberté, sécurité et contrôle, société et individualité. À travers cette trilogie, j’interroge nos choix collectifs et leurs répercussions intimes. Mes personnages ne sont pas lisses. Ils doutent, ils résistent, ils se trompent. Ils cherchent leur place dans un monde qui prétend savoir ce qui est bon pour eux. Ce sont ces failles qui les rendent profondément humains. L’autoédition m’a appris bien plus que l’écriture. Elle m’a forcée à devenir entrepreneure de ma propre créativité. Gestion, communication, visibilité, retours lecteurs : chaque étape m’a fait grandir. Je ne romantise pas le parcours. Publier seule demande de l’endurance, de l’organisation et une capacité à encaisser les critiques. Mais cela m’a aussi donné une liberté incomparable. J’ai appris à défendre mon travail, à l’améliorer, à l’assumer. Aujourd’hui, je ne me définis plus seulement par la danseuse que j’ai été, ni par l’épreuve que j’ai traversée. Je me définis par la capacité à me réinventer. L’écriture n’a pas remplacé la danse ; elle en est devenue l’évolution. Là où mon corps racontait des histoires, mes mots prennent désormais le relais. La discipline acquise sur scène nourrit ma constance littéraire. La sensibilité développée par le mouvement irrigue mes textes. J’écris avec lucidité. Je n’idéalise pas le métier d’auteure. Je sais que construire une carrière demande du temps, de la cohérence et une vision claire. Mon ambition ne se limite pas à publier des livres. Je veux bâtir un univers. Approfondir mes thématiques, explorer d’autres genres et me diversifier grâce à l’expérience acquise. Je refuse de m’enfermer dans une seule case. Chaque projet est une manière d’avancer. Chaque lecteur est une rencontre silencieuse mais réelle. Je crois en la puissance des histoires pour questionner, déranger parfois, mais surtout faire réfléchir. Nous vivons dans une époque saturée d’images et d’informations rapides. L’écriture impose un autre rythme. Elle oblige à ralentir, à ressentir et à penser. Je suis une auteure en construction, consciente de son parcours et déterminée à l’élargir. J’ai perdu une passion, mais j’ai retrouvé une voix. Je n’écris pas pour fuir le réel. J’écris pour le comprendre, pour l’explorer, pour en révéler les tensions invisibles. L’aventure ne fait que commencer. Le troisième volet de Safe Society marquera une étape importante, mais certainement pas un aboutissement. Mon objectif est clair : continuer à écrire, à publier, à évoluer. Me diversifier sans me perdre, approfondir sans me répéter et surtout, ne rien lâcher. Parce qu’au fond, que ce soit sur une scène ou sur une page, il s’agit toujours de la même chose : exprimer ce qui brûle à l’intérieur et lui donner une forme. Aujourd’hui, cette forme passe par les mots. Et je compte bien poursuivre cette aventure, avec exigence, lucidité et ambition.