Je suis un arpenteur des abysses de l’âme humaine, un plongeur qui s’enfonce dans les eaux troubles, là où se terrent les vérités que la plupart préfèrent enfouir sous des couches de convenances et de mensonges polis. Spécialiste du roman noir, je m’aventure sans filet dans la dystopie, l’horreur psychologique et un fantastique corrosif, acide pur qui ronge les illusions jusqu’à l’os. Mes livres ne consolent personne. Ils ne rassurent pas. Ils grattent les fissures de la réalité avec une lame émoussée exprès, jusqu’à ce qu’elle se déchire, jusqu’à ce que l’insoutenable jaillisse en pleine lumière. Attention : c’est brut, sans filtre, sans douceur ni compromis. Pas pour les cœurs trop tendres, ceux qui veulent fermer les yeux sur le monde tel qu’il est vraiment. J’habite et j’écris à Arras, dans le Pas-de-Calais, au cœur des Hauts-de-France. Ne vous méprenez pas : je suis un amoureux de cette région. Pas l’amour mièvre des cartes postales, mais celui, viscéral, pour un territoire cabossé, rugueux, marqué par l’histoire et les coups du sort, beau précisément parce qu’il ne ment pas. Cette terre est ma mine inépuisable d’atmosphères sombres : rues pavées qui claquent sous la pluie incessante comme un battement de cœur fatigué, places historiques encore hantées par les guerres et les crises mais toujours debout, quartiers où la précarité s’installe en silence sans jamais crier, zones commerciales usées où le vent charrie plus de vide que d’espoir et pourtant, une authenticité brute qui vous prend aux tripes. Je n’ai pas besoin de fuir à l’autre bout du monde pour trouver la matière noire de mes histoires. Arras et ses environs suffisent largement. Le quotidien y devient glaçant dès qu’on ose vraiment regarder, sans lunettes roses : un parking de supermarché désert à la nuit tombée, éclairé par des néons qui clignotent comme un pouls mourant ; un immeuble des années 70 aux balcons rongés par la rouille, où chaque fenêtre raconte une vie qui s’accroche ; un bistrot de quartier où les mêmes habitués noient leurs regrets dans le même demi depuis des décennies, le regard perdu dans le vide. Ces lieux ne sont pas des décors : ils s’infiltrent dans mes romans comme des ombres vivantes, muettes et implacables, mais aussi familiers, presque tendres dans leur dureté implacable. C’est ici que je vis, que je respire, que j’écris et que je trouve la beauté tordue qui rend tout le reste fade. J’ai commencé à écrire à six ans. Un instituteur nous a demandé d’imaginer la suite d’un texte lu en classe. Les autres ont pondu trois lignes polies, bien cadrées. Moi, j’ai continué, page après page, emporté par une urgence que je ne comprenais pas encore, comme si quelque chose en moi refusait de s’arrêter. Ce jour-là, j’ai saisi que l’écriture pouvait ouvrir une porte dans un monde qui me barrait sans cesse la route : « non », « pas comme ça », « tu ne peux pas ». J’étais déjà différent, déjà hors norme, déjà à côté. L’écriture m’a offert le pouvoir de créer des univers où c’est moi qui pose les règles, où le chaos trouve enfin un sens, où je décide qui tombe et pourquoi. Je suis autiste, diagnostic confirmé et assumé sans honte ni excuse. Ce n’est pas un détail périphérique, une anecdote sympa : c’est le noyau dur de ma façon d’être et d’écrire. L’hyperfocus qui me fait plonger des jours entiers, des nuits entières dans un projet, oubliant le reste du monde ; cette acuité presque douloureuse pour les détails que les autres balaient d’un revers de main ; l’intolérance viscérale au bruit social, aux faux-semblants, aux conversations creuses qui tournent en rond… Tout cela infuse mes textes comme un venin nécessaire. Je n’arrondis pas les angles. Je ne cherche pas à plaire, ni à être aimé. J’explore les obsessions jusqu’à l’os, les failles jusqu’à la rupture totale, les violences ordinaires jusqu’à ce qu’elles deviennent un cri intérieur qui résonne longtemps après la dernière page. Pour moi, le roman noir n’est pas un genre parmi d’autres : c’est une radiographie sans anesthésie de la société. Il parle de la précarité qui dévore de l’intérieur, des usines fermées qui laissent des quartiers en friche comme des cadavres encore chauds, de la violence domestique qu’on étouffe derrière des volets clos, des addictions qui engourdissent pour mieux tuer doucement, des institutions qui promettent monts et merveilles et sauvent si peu. Mes histoires se passent dans l’ordinaire, le banal qui pue la vérité : rues d’Arras la nuit quand le silence tombe lourd, corons délavés par des décennies de pluie acide, zones commerciales où le néon clignote sur du vide absolu. C’est précisément cette banalité qui rend la noirceur si violente, si proche, si inévitable. J’écris parce que c’est vital, comme respirer. Chaque livre est une tentative désespérée de nommer le chaos, de donner forme à ce qui fait mal, d’éclairer ce que la plupart fuient du regard. Je construis des mondes pour mieux les démonter, brique par brique. Je crée des personnages pour les envoyer en enfer, les regarder se briser, se relever ou non. Et à la fin, quand la dernière page se tourne, il reste souvent le silence… et une vérité nue, brutale, qui ne pardonne rien. C’est ma façon d’exister dans ce coin de France rugueux, cabossé mais tellement beau . C’est ma façon de dire : je suis là, je vois, et je ne détourne pas les yeux.